15 septembre 2008
Le nouveau code pénal : un désastre
Car décalage il y a, et méchamment. Dans les vapeurs psychotropes post soixante-huitardes, le but premier de la réforme, c’était de mettre le moins possible de gens en prison. Les courtes peines privatives de liberté étaient dans le collimateur des idéologues en vogue à l’époque, qui leur reprochaient (on croit rêver) de désocialiser les condamnés. Résultat, le juge ne peut infliger aucune peine privative de liberté d’une durée inférieure à six mois.
Le législateur a certes prévu que dans certains cas, une peine privative de liberté de moins de six moins peut être prononcée. Mais les conditions qu’il a posées sont dans les faits absurdes, puisqu’il est notamment exigé que le sursis ne puisse pas être prononcé. En d’autres termes, un délinquant qui se fait pincer pour la première fois ne pourra, en matière de petite criminalité, être condamné qu’à une peine pécuniaire avec sursis. L’effet dissuasif est du coup rigoureusement nul, puisque la seule menace qui plane sur notre homme, c’est celle de se faire mettre aux poursuites !
Mais ce n’est pas tout : lorsque le juge vous condamne à une peine privative de liberté, il a, et c’est bien normal, l’obligation de motiver sa décision. Lorsqu’il inflige une peine privative de liberté de moins de six mois, il a l’obligation de motiver le choix de la courte peine « de manière circonstanciée ». En d’autres termes, notre code pénal révisé est à ce point à côté de la plaque qu’il exige du juge qu’il motive davantage une peine de moins de six mois qu’une peine d’une durée supérieure. Voilà qui laisse songeur…
Le groupe libéral-radical des Chambres fédérales a récemment demandé que le législateur fédéral fasse machine arrière. A Genève, le procureur général Daniel Zappelli invitait en fin de semaine dernière la Confédération à changer la loi. Ces interventions sont nécessaires, et doivent être relayées à tous les échelons. Il ne s’agit pas de demander la mort de la peine pécuniaire, qui peut dans bien des cas suffire à éviter la récidive. Mais il s’agit de rendre de toute urgence la liberté au juge de choisir la peine qu’il estime la plus adéquate. Lui interdire comme aujourd’hui de prononcer une courte peine privative de liberté avec sursis, c’est donner un bien funeste message aux délinquants d’Europe entière, un message selon lequel en Suisse, la première infraction est gratuite !
17:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


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Commentaires
Petite question à un franc ? Les libéraux ont-ils voté la fameuse révision ? juste pour info ...
Ecrit par : kalvin | 15 septembre 2008
Heureusement qu'on le fout aux poursuites le délinquant du dimanche,Champ-Dollon est pleine à craquer !
Ecrit par : Jean-Séb. | 15 septembre 2008
Cher Monsieur Jornot,
Ce projet de loi devenu loi n'a pas pu passer sans l'accord, au moins tacite, du groupe auquel vous appartenez.
La logique voudrait donc que le même groupe, auquel l'UDC se joindra volontiers puisqu'il s'agit d'embastiller à tour de bras, réussisse à obtenir cette marche arrière, voulue par le patron du pouvoir judiciaire genevois (à juste titre).
La leçon qui vous est donnée n'est rien à côté de l'énorme chantier de justice 2010 qui, lui aussi, est passé comme une lettre à la poste grâce au même groupe politique alors que tout le monde des juristes (du moins les plus éclairés) s'accordent à dire que ce changement fondamental de la pensée judiciaire n'apportera que le désordre.
La question qui se pose donc au modeste citoyen est de savoir si un groupe aussi puissant que le vôtre est réellement compétent puisqu'il accumule les erreurs de jugement tout de même importantes.
Si j'en juge par les affaires genevoises et le nombre de dossiers qui posent de sérieux problèmes en terme de gouvernance, je crois que nous sommes nombreux à penser qu'il convient de donner une grand coup de balai à ces Institutions résolument désuettes et ne servant, en fait, que de repère à des combines de politiciens. J'admets volontiers qu'en ce qui concerne ma dernière considération, les libéraux ne sont pas en première ligne. Mais pourquoi diable soutenez-vous Cramer, Mouchet & Co?
Merci quand même pour l'exposé qui est clair et accessible au non juriste que je suis.
Ecrit par : jules | 15 septembre 2008
Arrêtons de polémiquer, cette loi de toute évidence ne fonctionne pas avec des effets visiblement imprévus. Faire une erreur de jugement arrive maintenant il faut revoir au plus vite votre copie au plus vite.
Ecrit par : demain | 15 septembre 2008
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